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Des espaces qui révèlent la religion

Par Thomas Stucki

L’association formationplus représente plus de quarante établissements d’enseignement suisses d’obédience chrétienne. Ce sont des lieux à la fois touristiques et spirituels. Entretien avec Christian Cebulj, qui étudie les formes de religion dans le tourisme.

Les voyages et la spiritualité ont beaucoup en commun : tous deux ont trait au fait d’être en chemin, à la rencontre et à la résonance. Et donc à quelque chose qui touche les gens au plus profond d’eux-mêmes. Christian Cebulj mène des recherches à la Haute école de théologie de Coire sur le lien entre les voyages et la spiritualité et affirme : « Les gens ne recherchent pas seulement la plage pendant leurs vacances. » Il voit dans l’ouverture aux questions existentielles pendant les voyages un besoin de développement personnel. Cela est lié à la mégatendance de la culture du savoir, poursuit-il. Les mégatendances sont les moteurs du changement social que le Zukunftsinstitut, basé à Francfort et à Vienne, présente chaque année dans une « carte des mégatendances ». Parmi les facteurs qui influencent ces mégatendances, on trouve notamment la réflexion constructive sur ses valeurs, l’adaptation à des cycles décisionnels à long terme et le passage à l’action. Ce sont des facteurs comme ceux-ci qui sont abordés par les organisations membres de formationplus, une association d’établissements d’enseignement chrétiens en Suisse dont l’offre est à la fois touristique et religieuse.

La religion comme option La qualité d’un site touristique qui est également imprégné de spiritualité peut se manifester sur les plans culturel, social, économique, esthétique et religieux. La tendance à la recherche de soi est une aubaine pour les centres de formation de formationplus, qui répondent au besoin des gens de ralentir, de trouver un écho, d’être ouverts aux questions existentielles. Cependant, le désir de spiritualité n’est plus lié à l’institution ecclésiastique ; la religion est une option, et non plus une obligation. Christian Cebulj le confirme : « Aujourd’hui, je peux choisir ce qui me fait du bien ». Et comme il est possible de choisir parmi une multitude d’offres, il est important que les sites, tels que les centres de formation à orientation religieuse, sachent ce qu’ils ont à offrir, où se situent leurs points forts et où ils doivent éventuellement se développer. Cette réflexion sur sa propre offre s’appelle le « placemaking », ce qui signifie en gros « développement du site ».

Changement de perspective La religion en tant que facteur touristique exige des prestataires tels que les membres de formationplus un changement de perspective, explique Christian Cebulj : « Ils doivent combiner une vision extérieure et intérieure de la religion. » Il s’agit d’un changement de perspective, car l’offre de formation pour adultes proposée par l’Église ne s’adresse plus uniquement aux personnes familières avec l’Église : « Aujourd’hui, leur clientèle comprend également des personnes qui considèrent la religion de l’extérieur. » On le voit par exemple dans les offres de pèlerinage, auxquelles participent des personnes qui sont « modérément » religieuses, comme le dit le théologien Kristian Fechtner de Mayence. Il s’agit donc de personnes ouvertes à de nouvelles idées, mais qui apprécient de pouvoir décider elles-mêmes si elles s’intéressent davantage à un thème théologique ou philosophique. Il fait donc la distinction entre l’expérience et le vécu de la religion. Dans le cas des offres à la fois touristiques et religieuses, l’expérience est toujours au premier plan, comme l’ont montré ses recherches : « L’expérience de la religion peut s’y ajouter, mais ce n’est pas obligatoir », précise-t-il. C’est pourquoi il faut des experts capables de mettre en œuvre de manière professionnelle ce changement de perspective, qui consiste à combiner une vision extérieure et intérieure de la religion.

Pas seulement pour les initiés Le désir de trouver un sens, de s’orienter et de se développer personnellement est un besoin fondamental, rappelle Cebulj. Il recommande donc aux membres de formationplus de concevoir des offres accessibles à tous, et pas seulement à un groupe « d’initiés ». Cela peut être facilement combiné avec les facteurs d’influence de la mégatendance de la culture du savoir, par exemple réfléchir de manière constructive à ses valeurs, s’adapter à des cycles de décision à long terme et passer à l’action. Parmi les plus de quarante institutions membres de formationplus, il cite spontanément la maison d’hôtes Bethanien, la chartreuse d’Ittingen et le centre Ranft. La maison d’hôtes Bethanien invite à la réflexion, c’est-à-dire à une approche constructive des valeurs, avec ses journées de retraite, la combinaison de randonnées en montagne et de prières, ainsi que le concept éducatif innovant LUMEUM, un spectacle multimédia dans l’ancienne piscine du monastère. La chartreuse d’Ittingen, où l’on peut développer des idées créatives et de nouveaux concepts, invite à anticiper, c’est-à-dire à passer à des cycles de décision à long terme. Enfin, passer à l’action correspond bien au centre Ranft avec ses discussions sur le climat et son programme éducatif écologique. Ces trois sites illustrent de manière exemplaire le lien entre le tourisme et la spiritualité ; Bethanien et Ittingen sont d’anciens monastères, le centre Ranft était une maison des sœurs Dorothea.

Espace et biographie Mais si la spiritualité n’est plus uniquement liée à l’Église et que la religion est une option, pourquoi la Sagrada Família, la basilique Saint-Pierre et la cathédrale de Milan occupent-elles les trois premières places du classement des dix sites touristiques les plus populaires d’Europe ? Même dans notre pays : au Fraumünster de Zurich, deux mille personnes ont déjà fait la queue pour voir les célèbres vitraux de Chagall. Pourquoi les gens visitent-ils des lieux sacrés pendant leurs vacances, alors que de plus en plus d’entre eux quittent l’Église ? Des études montrent que ce sont principalement l’architecture et l’histoire qui attirent les visiteurs dans les églises, mais que même les plus sceptiques se laissent souvent surprendre par un élan de spiritualité dans la nef. Les dizaines de cierges votifs allumés dans ces lieux en sont peut-être la preuve. « Même chez les personnes qui ne se considèrent pas comme religieuses, un espace sacré peut éveiller quelque chose de personnel », explique Christian Cebulj. La raison réelle d’une visite est par exemple l’intérêt pour une époque, mais la religion est liée à l’espace sacré, les deux sont indissociables : « Les espaces ont le potentiel de révéler la religion », dit-il. Ceux qui ont déjà été en contact avec elle peuvent y retrouver quelque chose, un souvenir de leur propre biographie, ou cela peut éveiller un intérêt qui n’existait pas auparavant. Ce potentiel des espaces sacrés à faire résonner quelque chose chez les gens est une chance pour les établissements de formationplus. Il est peut-être plus facile pour les gens de s’ouvrir à leur besoin de recueillement par le biais d’une approche touristique que par une approche religieuse. Une fois à l’intérieur, l’espace sacré fait son effet, sans grands discours.

Nouvelle plateforme pour le tourisme culturel Christian Cebulj accompagne actuellement le projet « Swiss Religious Heritage » de l’association Kirchen + Tourismus Schweiz. Il s’agit d’une nouvelle plateforme numérique destinée à renforcer le tourisme culturel autour des églises, des monastères, des chemins de pèlerinage et des paysages culturels sacrés. « Indépendamment de leur appartenance religieuse ou confessionnelle », précise le site web du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), qui soutient le projet à hauteur de 360 000 francs. Plusieurs organisations touristiques et institutions ecclésiastiques sont partenaires du projet. Grâce à cette nouvelle plateforme, ces offres seront pour la première fois regroupées à l’échelle nationale, mises en réseau sous forme numérique et rendues accessibles via les canaux de distribution touristiques.

 

formationplus L’association faîtière suisse des organisations de formation des adultes confessionnelles regroupe plus de quarante centres de formation, services spécialisés et organisations catholiques, protestants réformés et œcuméniques. Elle bénéficie du soutien financier du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI) dans le cadre d’un mandat de prestations, ainsi que des Églises nationales catholique romaine et protestante réformée. Au niveau européen, formationplus est en réseau avec Oikosnet Europe, un regroupement de plus de trente académies chrétiennes de 18 pays formationplus.ch

Curriculum Christian Cebulj (*1964) est professeur de pédagogie religieuse à la Haute école de théologie de Coire. Titulaire d’un doctorat en théologie, il a dirigé des voyages d’études au Proche-Orient, a travaillé à l’Université technique de Dresde, a été chargé de cours en didactique biblique à l’Université catholique d’Eichstätt et collaborateur scientifique à l’Université de Coblence-Landau. Cebulj dirige le projet de recherche « Religion – Kultur – Tourismus » de la Haute école de théologie de Coire et est membre de la direction de l’association Kirchen + Tourismus Schweiz thchur.ch

Domaines de recherche

Religion et tourisme – Le voyage comme quête spirituelle, expérience religieuse et expérience touristique

Espaces sacrés et éducation – Églises, monastères et leur potentiel dans le tourisme culturel

Patrimoine culturel religieux et pertinence sociale – La popularité des églises malgré la baisse du nombre de fidèles

Réseau pour le patrimoine culturel européen

La Haute école de théologie de Coire est membre du réseau Future for Religious Heritage (FRH), une organisation à but non lucratif pour la protection des édifices religieux en Europe. Fondée en 2011, cette association non confessionnelle et indépendante regroupe plus de 200 organisations étatiques, religieuses et universitaires. Future for Religious Heritage (FRH) est partenaire du projet de recherche « Religion – Kultur – Tourismus » de la Haute école de théologie de Coire frh-europe.org

Suggestions de lecture

Cebulj C., Jahn AL. (2025) : Espaces, calme, rituels, dans : Kirche im Tourismus, Diakonia, revue internationale sur la pratique de l’Église, 56e année, cahier 2, mai 2025, Herder Verlag, Fribourg-en-Brisgau, Bâle, Vienne.

Cebulj C., Höger C., Wasmeier-Sailer M. (éd.) (2024) : Topo-Theologie : Religion und Raum, Theologische Berichte 43, Herder Verlag, Fribourg-en-Brisgau, Bâle, Vienne.

Cebulj C., Schlag T. (éd.) (2021) : Entre croisière et cuisine monastique, formes de présence ecclésiastique dans le tourisme, Theologischer Verlag Zurich.

Fechtner K. (2023) : Mild religiös, Erkundigungen spätmoderner Frömmigkeit, Kohlhammer Verlag, Stuttgart.

 

Bild: Verein Sakrallandschaft Innerschweiz

 

De belles rencontres. Interview avec le nouveau président de formationplus

Le théologien Daniel Schmid Holz est le nouveau président de formationplus. Entretien avec le pasteur saint-gallois sur ses objectifs au sein de l’association faîtière pour la formation des adultes dans le domaine ecclésiastique, sur l’inspiration et la diversité, ainsi que sur sa vocation tardive pour la trompette.

Daniel Schmid Holz, vous avez participé à la création de l’Agenda 2030 de Saint-Gall et vous vous engagez dans le groupe Europe du Sud-Est de la Communion d’Églises protestantes en Europe. Est-ce un hasard si vous jouez de la trompette, instrument qui symbolise le renouveau, le changement, le passage à une nouvelle ère ? Le fait que je joue de la trompette n’a pas grand-chose à voir avec le renouveau, mais plutôt avec une nostalgie. J’avais cette envie depuis mon enfance et, à l’âge de trente ans, j’ai décidé de me mettre enfin à la trompette. Peu après, je suis tombé sur des dessins de mon enfance représentant une trompette. D’ailleurs, son utilisation comme signal, par exemple comme cor d’harmonie dans l’armée ou à la chasse, n’est qu’une forme particulière de la trompette. C’est aussi un instrument solo. Personnellement, j’aime en jouer dans un groupe. Il s’agit justement de ne pas jouer plus fort que les autres, de ne pas les couvrir.

Qu’est-ce qui vous a motivé à prendre la présidence de formationplus ? Ma conviction que cette association doit continuer d’exister. Je travaille depuis longtemps dans la formation des adultes, auparavant dans deux centres de conférence confessionnels et aujourd’hui dans l’Église réformée du canton de Saint-Gall. C’est pourquoi je comprends l’importance du thème défendu par formationplus. En même temps, il est important pour les personnes qui s’engagent dans ce domaine d’avoir un lieu où elles peuvent rencontrer des personnes partageant les mêmes idées. Où elles peuvent échanger.

Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans cette tâche ? Renforcer l’association à l’échelle nationale, au-delà des frontières linguistiques. Travailler avec des collègues de Suisse romande. Pouvoir avancer ensemble.

La stratégie de formationplus mise sur l’identité et la définition d’un profil. Comment comptez-vous mettre en œuvre cette orientation ? Bien que l’association existe depuis plus de dix ans, les organisations membres se connaissent à peine. Cela complique la collaboration au sein de l’association et rend difficile les contacts entre les membres. Je voudrais changer cela et créer un format permettant de faire connaissance. Cela inclut également des portraits des organisations membres et des personnes pour les réseaux sociaux et le site web.

Les organisations membres de formationplus luttent en partie pour leur survie. Que peut faire l’association pour renforcer leurs offres ? Elle peut développer son travail de relations publiques et s’adresser également aux directions et aux instances éducatives de l’Église. Leur faire connaître cette forme de formation pour adultes.

formationplus se considère comme une plateforme œcuménique – où voyez-vous le plus grand potentiel ? Grâce à son caractère œcuménique, l’association formationplus bénéficie d’une plus grande diversité que si elle était uniquement protestante, catholique ou catholique-chrétienne. Ce qui nous unit, c’est que nous proposons une formation dans un contexte ecclésiastique, dans un contexte chrétien. Et c’est ce que nous pouvons montrer en tant qu’association.

Où voyez-vous les défis d’une orientation œcuménique ? Dans notre diversité. C’est pourquoi je trouve important de souligner qu’une orientation œcuménique signifie être ensemble, cheminer ensemble, en tant que partenaires égaux. Les différents membres doivent pouvoir conserver leur spécificité. C’est ainsi que nous pouvons nous inspirer mutuellement. C’est notre chance.

Que souhaitez-vous entreprendre au cours des premiers mois de votre présidence ? Notre travail de relations publiques sera au centre de nos préoccupations.

Comment réagissez-vous au scepticisme à l’égard de la formation ecclésiale ? J’essaie de créer des rencontres positives. Pour les personnes qui osent participer à une offre sous le label « Église » et qui peuvent ensuite dire qu’elles ont apprécié.

Que signifie pour vous personnellement la « formation ecclésiastique » au XXIe siècle ? D’une part, que les personnes qui font encore partie de l’Église se familiarisent avec la tradition de l’Église. D’autre part, je trouve essentiel que l’Église soit perçue dans la vie sociale comme un partenaire qui contribue à une vie bonne. Que l’Église ne se replie pas sur elle-même.

Vous êtes depuis 17 ans chargé de formation de l’Église réformée de Saint-Gall et avez dirigé pendant dix ans un centre de formation. À qui s’adressent les offres de formation pour adultes proposées par l’Église ? Dans le domaine de la formation ecclésiale, nous avons aujourd’hui un public qui s’intéresse certes à l’Église, mais qui n’est pas familier avec sa tradition, avec les questions théologiques. C’est un public qui, au sens large, est également devenu étranger au christianisme. Et dans la tradition de l’éthique sociale, l’Église a pour mission de se préoccuper de ce qui touche à l’existence des êtres humains. De leurs questions sur le début et la fin de la vie. Par exemple, le diagnostic prénatal, la mort, mais aussi les questions relatives au changement climatique, à la manière dont nous y faisons face, à notre comportement, les questions de guerre et de paix. Ce sont des questions liées au mode de vie : comment dois-je vivre pour me sentir bien, pour mener une vie bonne ?

Cela signifie que les offres des membres de formationplus ne supposent pas que je sois croyant ? Exactement. C’est comme le bon Samaritain qui est passé à côté d’un homme blessé et ne lui a pas demandé quelle était sa religion avant de lui venir en aide, mais qui a agi. Il en va de même pour la formation religieuse et le grand public : nous nous adressons à des personnes qui se posent des questions et, dans un premier temps, il s’agit simplement d’être comme un sonar pour prendre le pouls des gens. Ce n’est pas un cours de religion. Prenons l’exemple de la maison Lassalle, où le silence et la méditation occupent une place importante. Bien sûr, cela s’est développé dans le contexte du bouddhisme et du christianisme. Mais je n’ai pas besoin d’être bouddhiste ou chrétien pour découvrir que le silence et la méditation peuvent me faire du bien. C’est de cela qu’il s’agit. Il ne s’agit pas de piété. Aujourd’hui, la question de savoir qui je suis est beaucoup plus importante qu’à d’autres époques, et lorsque cette question se combine avec un besoin, un désir d’être touché spirituellement, il existe des formes très différentes de cultiver cela.

Supposons que votre travail n’existe pas. Le voudriez-vous ? Mon travail ? Absolument ! Je ne peux pas m’en passer.

Pensez-vous que vous êtes généralement sous-estimé ou surestimé ? Que préférez-vous ? Je me pose rarement cette question. Je pense que j’ai plutôt tendance à me sous-estimer. Je me sens tout à fait à l’aise, comment dire, à ne pas être sous-estimé, mais plutôt à être un peu « sous-habillé ».

 

À propos de la personne Daniel Schmid Holz (65 ans) est docteur en théologie et pasteur. Depuis 2008, il est chargé de la formation des adultes au sein de l’Église évangélique réformée du canton de Saint-Gall et siège depuis trois ans au comité directeur de formationplus. Il est membre fondateur de l’« Agenda 2030 » de Saint-Gall et membre du groupe Europe du Sud-Est de la Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE). Il a dirigé pendant dix ans le département formation du centre protestant de conférences et d’études de Boldern et a été pendant 18 ans président du comité international permanent du Deutscher Evangelischer Kirchentag (Congrès protestant allemand).

Formation œcuménique des adultes formationplus est une association suisse regroupant plus de quarante centres de formation, services spécialisés et organisations issus des milieux catholiques, protestants réformés et œcuméniques. Son objectif est de renforcer la formation des adultes fondée sur les valeurs chrétiennes. L’association a été fondée en 2013 formationplus.ch

 

Interview : Thomas Stucki

Le frontalier. Interview avec le président démissionnaire de formationplus

Entretien avec Walter Lüssi sur la mission de formation de l’Église, l’action ainsi que le courage de prendre position. L’ancien chancelier de l’Église de Zurich avait fondé l’association formationplus et en transmet désormais la présidence à Daniel Schmid Holz.

Walter Lüssi, vous avez été pasteur de paroisse, président du conseil de l’Église glaronnaise, prédicateur à la radio, pasteur pour personnes avec un handicap mental, président du comité de Mission 21, directeur d’études à Boldern, secrétaire du conseil de l’Église zurichoise, président de formationplus pendant les douze dernières années et président d’Oikosnet Europe depuis huit ans. Trouvez-vous à nouveau du temps pour la clarinette ? Lorsque j’ai pris ma retraite, j’ai ressorti ma clarinette. Ce n’est pas encore tout à fait le cas, mais le temps viendra. En tout cas, j’ai commencé à réécouter de la musique classique tous les soirs, parfois même le matin. Je laisse de la place pour cela.

Si vous faites une rétrospective de vos années de présidence de formationplus, qu’est-ce qui a été pour vous une étape importante de cette période ? Certainement le fait que l’association formationplus ait vu le jour. J’étais d’une curiosité infinie et je le suis toujours. Adolescent, je dévorais les œuvres d’Albert Schweitzer. Il avait décidé de privilégier la parole par rapport à l’action. Je trouvais cela aussi important, mais je suis arrivé à la conclusion que la parole devait être transportée, devenir action : Regarder, juger, sur la base de critères, puis agir. Ce point de vue m’a accompagné dans tout ce que j’ai fait. Nous devrions nous impliquer, regarder, juger, agir. C’était mon idée personnelle de base pour formationplus.

Aimeriez-vous qu’on se souvienne de vous ? Moins en tant que personne, mais si quelque chose de ce que j’ai initié continue à vivre un certain temps, j’en serais ravi.

Quelle est votre réputation ? Très différente. Dans la séance la plus aride, je peux apporter un commentaire qui fait sourire les gens. Et en même temps, persévérer. Attendre le “kairos”, le bon moment. Aujourd’hui, je dirais que l’on me croit capable de maintenir les gens dans la conversation, de les faire parler. Et puis il y aura des gens qui trouveront que je ne peux pas m’arrêter, que j’ai maintenant soixante-dix ans. Je préférerais qu’on dise de moi que je ne me laisse pas dicter mon âge.

Quelle évolution au sein de l’association vous encourage ? Quand je vois des membres qui abordent de nouveaux thèmes, qui s’impliquent, qui trouvent de nouvelles voies. Ne pas s’installer dans une niche qui peut encore fonctionner pour le moment. Malheureusement, les signes sont clairs : il est difficile de s’engager pour une formation dont on ne voit pas directement ce qu’elle apporte directement à l’institution de l’Église. Il y a eu par exemple une discussion sur le fait que les offres de formation pour lesquelles l’État reconnaît qu’elles permettent d’élargir les compétences pour le quotidien professionnel sont exonérées de la TVA, alors que ce n’est pas le cas pour une offre qui renforce “seulement” le bien-être personnel. En même temps, nous savons que les maladies psychiques augmentent, c’est pourquoi le développement de la personnalité est important, pas seulement la décoration, sinon nous le paierons ailleurs, ou nous économiserons au mauvais endroit. Il s’agit de la résilience dans notre société, à laquelle la spiritualité et la foi contribuent.

Où voyez-vous un défi pour l’association ? Très concrètement : il s’agit d’argent, de ressources, de parties prenantes pour lesquelles le travail de formationplus a de la valeur. Il faut des personnes qui ont le courage de représenter l’Évangile à l’extérieur. Pas dans un sens pieux, mais en voyant, en jugeant, en agissant. Cela a un rapport avec moi, car je me considère moi-même comme un passeur de frontière entre institution et mouvement. J’ai été secrétaire du conseil de l’Église de Zurich et je me suis engagé parce que j’aime l’Église, mais que je la vois en même temps d’un œil critique. Cette tension fait partie de moi, de ma vie, de mon action.

De nombreuses organisations membres utilisent à peine l’association, d’autres s’engagent activement. De votre point de vue, que faut-il pour que cela change ? L’éventail des membres de formationplus est très large et donc aussi les exigences envers l’association. Certains veulent que nous soyons une “vitrine”, d’autres attendent un soutien financier de l’association, d’autres encore souhaitent que leur adhésion à formationplus leur confère une certaine portée. La coopération est l’offre de l’association ; qu’il en résulte quelque chose qui redonne à chaque maison. Et qu’il y ait une voix dans le pays qui considère l’éducation publique des églises comme un ciment dans notre société.

Cela ressemble à une “réinitialisation” après la phase pionnière. S’agit-il maintenant d’une consolidation de l’association ? Un nouveau chapitre de formationplus commence. Les membres devront se demander si leurs attentes ont été satisfaites. Pour moi, l’accent est mis sur la coopération et sur une orientation claire vers l’extérieur.

Que souhaitez-vous transmettre à votre successeur ? Du courage, de la persévérance et beaucoup de talent pour négocier et être en mesure d’avoir une bonne conversation. Rappeler sans cesse qu’une mission éducative est inscrite dans l’ADN de l’Église et qu’elle est orientée vers la société.

Où voyez-vous le plus grand défi de l’éducation des adultes au sein de l’Église ? Nous devrions à nouveau être plus courageux, nous impliquer dans des thèmes de société. Par peur de perdre des membres et de voir les fonds publics réduits, nous manquons d’attitude et de profil si nous ne disons pas ce que nous avons à dire sur le présent ; si nous ne nous préoccupons pas activement de la paix, de la réconciliation, de la cohabitation, des thèmes anciens, de notre démocratie. En outre, il s’agit pour moi de rester en contact, notamment avec les personnes qui ont quitté l’Église. C’est peut-être pour cela qu’ils ont beaucoup à dire sur la spiritualité et l’Église. Lors de l’assemblée générale du Conseil œcuménique des Églises à Vancouver en 1983, il y a eu une forte impulsion : “Pars avec l’idée qu’il y a chez l’autre une vérité qui pourrait enrichir la tienne”. Cela me touche. Le “ministère de gardien” fait également partie de cette démarche : rappeler sans cesse certains thèmes fondamentaux et s’engager. Un langage clair aussi. Un exemple en rapport avec la soi-disant crise des réfugiés : “On ne laisse pas les gens se noyer, point”, ai-je entendu un jour lors d’un congrès de l’Église protestante allemande. En bref : la première tâche de l’Église n’est pas de se préserver, mais d’annoncer l’Évangile. C’est un grand défi. Je sais. Mais en fin de compte, il s’agit d’un mouvement qui vous fait bouger. J’en suis convaincu : il ne faut rien faire pour lequel on n’ait pas le cœur à l’ouvrage. Je fais toujours partie de ce que je fais.

 

La personne Walter Lüssi (69 ans) est pasteur évangélique réformé et président d’Oikosnet Europe depuis huit ans. Il a été président de formationplus depuis 2013, président du comité de Mission 21 pendant neuf ans, prédicateur radio pendant six ans, pasteur pour personnes avec un handicap mental pendant treize ans, pasteur de paroisse à Linthal (GL) pendant six ans, président du conseil de l’Église de Glaris, directeur d’études à Boldern et secrétaire du conseil de l’Église de Zurich.

 

Education œcuménique des adultes formationplus est une association suisse regroupant plus de quarante centres de formation, centres spécialisés et organisations issus des milieux catholiques, évangéliques réformés et œcuméniques. Son objectif est de renforcer l’éducation des adultes fondée sur la foi chrétienne. L’association a été fondée en 2013 formationplus.ch

Claim Semaine de formation en s’aventurant

Semaine de formation œcuménique
7 au 14 septembre 2024
Berne, Fribourg, Lausanne, Zurich
semainedeformation.ch

 

Claim Semaine de formation en reliant

Semaine de formation œcuménique
7 au 14 septembre 2024
Berne, Fribourg, Lausanne, Zurich
semainedeformation.ch

 

Claim Semaine de formation en rêvant

Semaine de formation œcuménique
7 au 14 septembre 2024
Berne, Fribourg, Lausanne, Zurich
semainedeformation.ch

©OikosnetEurope

Oikosnet Europe – rétrospective et perspectives

Oikosnet Europe est un réseau d’académies chrétiennes et de centres de laïcs en Europe. Aujourd’hui, les organisations membres représentent des Eglises de la Réforme, des confessions catholiques et orthodoxes de 18 pays en Europe. L’association formationplus est liée à ce réseau européen depuis sa création en tant que membre d’Oikosnet. L’Assemblée générale 2022 (vous trouverez un rapport annuel informatif ici) s’est tenue à Malaga, en Espagne. On y a analysé entre autres d’un point de vue de l’éducation «The Green Deal from a European and local perspective» et, tout à fait dans la tradition des académies européennes de «Peace and Reconciliation» la guerre en Ukraine.

Claudia Mennen, responsable de la Propstei Wislikofen et de l’Office formation et prieuré, a participé à la rencontre de Malaga en tant que déléguée de formationplus. Dans un rapport personnel, elle relate ses expériences variées et enrichissantes. A titre d’exemple, Claudia a rencontré un responsable biélorusse d’un centre orthodoxe qui a été muté de force par l’évêque en raison de son attitude face à la guerre en Ukraine…

 

Annonce : à noter, des informations plus précises suivront :

Du mercredi 4 octobre (arrivée) au dimanche 8 octobre (départ)

ASSEMBLEE GENERALE D’OIKOSNET EUROPE 2023

À Bâle, Mission 21, membre de formationplus

©Deutscher Evangelischer Kirchentag

Journées des églises protestantes allemandes 2023

Tous les deux ans est organisé en Allemagne le «Kirchentag». Dans ce contexte, le terme «Tag» (journée) est une description plutôt timide du fait que pendant cinq jours, plus de 100’000 participant.e.s se réunissent pour un programme varié autour de la foi, de la société et de la culture. Il s’agit en effet d’une plateforme pour la pensée critique et les thèmes sont orientés vers l’actualité Cette année, le thème général est «Le temps est accompli ! Espérer. Faire». Ceux qui souhaitent élargir leur propre horizon dans le contexte du travail de formation de l’Eglise et se mettre en réseau seront au bon endroit. Vous trouverez des informations détaillées sur le Kirchentag dans le PDF ou sur le site web du Kirchentag (https://www.kirchentag.de). L’inscription peut se faire via la page Internet. Le programme détaillé y sera également communiqué à partir de mars 2023.

©Contoc

«Churches online in times of corona» – l’étude CONTOC

Les résultats de la deuxième étude CONTOC montrent que le potentiel des offres numériques ou hybrides est loin d’être épuisé. Fait particulièrement intéressant:  le travail de formation (continue) des Eglises est désigné comme l’un des trois domaines dans lesquels les possibilités inexploitées sont élevées. D’une part, il manque des conditions structurelles au sein des Eglises, d’autre part on constate une pénurie de compétences concrètes nécessaires à la sphère numérique (résultats de l’étude complète). Ces résultats sont un encouragement à explorer des offres numériques créatives et à ne pas se laisser arrêter par la peur d’expérimenter.

©PH Zürich

Développer la formation – certificat CAS en «conception de la formation continue»

A ceux qui souhaitent développer leur offre de manière durable et profonde, nous recommandons le CAS – «Certificate of Advanced Studies» en conception de la formation continue proposé par la Haute école pédagogique de Zurich. En l’espace d’un an et cinq modules, vous acquérez des compétences en création de concepts et contenus dans le but de planifier et organiser des offres de formation. Pour toute personne intéressée, une séance d’information numérique aura lieu le 19 janvier 2023. Des informations plus précises sur la formation continue, telles que la structure, l’investissement en temps et en argent se trouvent ici .

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